T’RAILWAY, DÉCOUVRIR TERRE-NEUVE À VÉLO - Filles de bois

T’RAILWAY, DÉCOUVRIR TERRE-NEUVE À VÉLO

Idéal pour s’initier au bikepacking sauvage


Le T'Railway, ancien chemin de fer transformé en piste pour les cyclistes d’aventure, propose un parcours juste assez développé pour s’initier au bikepacking sauvage... dans un environnement sécuritaire et à couper le souffle!


Traversant Terre-Neuve d’ouest en est, de Port aux Basques à Saint John's, la T'Railway est une piste multifonctionnelle de 880 kilomètres qui fait aussi partie du sentier pédestre Transcanadien reliant le Yukon à Terre-Neuve.

Mon court séjour de 2 semaines sur ces traces m’a complètement charmée! J’y ai découvert une province, encore très méconnue mais... avec beaucoup de potentiel.

1. LA SÉCURITÉ

En tant que femme qui voyage seule, je choisis toujours mes voyages de bikepacking avec des critères de sécurité bien précis. La route doit être facile à parcourir et à suivre. Je dois pouvoir trouver de l’eau aisément (rivière ou lac). Il doit y avoir quelques campings aménagés (avec électricité) sur le chemin et des villages pas trop espacés.

Pour mon voyage estival 2019, mon choix s’est facilement arrêté sur Terre Neuve et sa T'Railway,en plus de respecter mon budget, c’était à moins de 3 heures d’avion de Montréal.

J’ai donc pris un vol de Montréal à Deer Lake,  puis j’ai commencé le voyage par le grandiose parc National Gros Morne.

Ensuite, je suis revenue à Deer Lake pour entamer la T'Railway jusqu'à  Saint-John's (avec quelques détours) pour  un voyage total de 1000 kilomètres... environ 750 km sur la T'Railway, 150 km sur des routes secondaires et 100 km sur la route transcanadienne. Ce trajet m’a permis de voir autre chose que du bois et de ne pas passer à côté des incontournables.

2. L'ÉQUIPEMENT

Équipée de mon Salsa Vaya en acier, de mes sacs de bikepacking bien remplis et des mes pneus Donnelly X'Plor MSO tubeless 700 x 50, j’ai entrepris ce parcours au meilleur de mes connaissances. 

D'après les recherches que j’avais effectuées la plupart des gens semblaient faire la T'Railway en fatbike. Ce qui, je pense, n’est pas nécessaire pour une telle traversée. Cependant, des pneus 700x45 «toutes conditions» sont le minimum à avoir.

3. LES DIFFICULTÉS

Bien que les seuls cyclistes que j’ai croisés sur le sentier étaient une famille allemande (avec leur garçon de 8 ans sur son vélo de montagne), je pense qu’une certaine base en cyclotourisme, en bikepacking ou en vélo de montagne est nécessaire.  

Avec un dénivelé positif de 5200 mètres sur les 880 kilomètres du sentier, il n’y a que très peu de côtes, mais la difficulté de ce trajet est au niveau de la qualité du sentier... qui peut être très variable.

Certaines sections sont truffées de gros graviers et il est difficile de rouler à plus de 10 kilomètres à l’heure. Cependant, ça reste très faisable avec le bon équipement, de la patience et de la bonne humeur!

En prime, comme la piste  est principalement en forêt, il y a peu de vent.

4. L'ISOLEMENT

S’orienter sur le sentier est assez facile puisqu'il y a de la signalisation pour le sentier Transcanadien (Great Trail) et peu de chemins adjacents. Je n’avais que mon téléphone (gps intégré et batterie externe pour recharger) et rares sont les endroits où il n’y avait pas de réception. Comme logiciel pour m’orienter, j’ai seulement utilisé GoogleMap puisque le sentier y est répertorié, ainsi que plusieurs autres trails de vélo et quads.

Sur la T'Railway, le seul trafic qu’il est possible de croiser ce sont des quads, des motocross de montagne ou a de très rares occasions des véhicules 4x4. Certains jours j’en croisais 2-3, puis le lendemain, ils passaient par dizaines. 

Jusqu'en 1988 le train était en opération. Jadis, les gens se construisaient des petites cabines au milieu de nul part, en bordure du chemin de fer. Maintenant que le train n’est plus en fonction et que le chemin a été transformé, ces propriétaires ont un droit acquis, mais doivent s’y rendre en VTT.

Ce sont des endroits assez isolés (parfois à plusieurs heures du village le plus proche) où l'électricité et l’eau courante ne se rendent pas. Il faut vraiment aimer la tranquillité et la nature pour y passer ses vacances.

Les fois ou je suis sortie du bois pour rouler sur la route Transcanadienne, soit pour me rendre à un camping ou à l’épicerie, j’ai trouvé le trajet assez désagréable et dangereux. C’est un genre d’autoroute qui n’en est pas une, avec beaucoup de camions lourds, de VR et très peu d'accotement.

Oui, les  gens y roulent très vite et on se croirait dans les Rocheuses tellement il y a de côtes. Bref, à éviter si vous aimez la tranquillité de la T'Railway.

Les routes secondaires sont une belle alternative à la Transcanadienne, bien qu’il n'y ait pas toujours d'accotement. Ces petites routes mènent souvent à des plages désertes, des petits villages ou des presqu'îles, avec cette impression d’être seule à des kilomètres à la ronde.

5. LE CAMPING

Les gens de Terre-Neuve ont une proximité avec la nature et une façon de l’aménager qui diffère beaucoup du Québec. À Terre-Neuve, difficile de trouver un camping au bord de l'autoroute ou dans un champ avec rien autour! Il y a toujours un aspect wow, un cours d’eau à proximité et leurs sites sont aménagés avec beaucoup d'intimité.

J’ai dormi dans une dizaine de campings... tous avaient un plan d’eau sur leur site et bien souvent, avec un accès direct de mon terrain. Par contre, pour ceux qui préfèrent le camping sauvage, ce ne sont définitivement pas les endroits qui manquent!

6. L'EAU ET LA NOURRITURE

Pour l’eau, avec un bon système de purification j’ai toujours pu trouver de l’eau de rivière facilement. Pour la nourriture, la plus longue section entre 2 villages était environ 125 kilomètres, sinon chaque jour je pouvais trouver des petits dépanneurs ou des épiceries pour me ravitailler.

7. LES ANIMAUX

Sur le sentier, j’ai vu des orignaux, un loup, des lièvres et des renards. Dans les hauts plateaux des Gaff Topsail, plusieurs quads croisés m’ont signalé la présence de caribous, mais je n’en ai jamais vus. J’ai aussi croisé deux ours au milieu de la T'Railway, près de Gander. Ce fut la plus grosse épreuve de mon voyage, bien qu’il ne soit rien arrivé! Reste que je voyage toujours avec un bear spray et une clochette à ours (pour moi, c’est ma tasse de métal accrochée avec un mousqueton. Ça fait assez de bruit pour que l’on m’entende de loin!!!

8. LE BUDGET

Tout est un peu plus cher à Terre-Neuve (c’est une île!) sauf pour les campings et les fruits de mer! Il est difficile de trouver des motels à moins de 100$ mais le camping n’est rarement plus de 20$ la nuit.

9. LES DÉPLACEMENTS

Il existe 2 façons de se rendre à Terre-Neuve : par avion (jusqu’à Saint-John’s ou Deer Lake) ou par un des nombreux traversiers qui desservent, entre autre Port-aux-Basques, le point de départ de la T'Railway.

10. LES PAYSAGES

De par ses paysages fantastiques, l'amabilité de ses résidents et la facilité à s’orienter sur la T'Railway, je suis certaine que cet itinéraire de bikepacking deviendra, au cours des prochaines années, un incontournable au pays.

De plus, considérant l'importance de réduire notre empreinte écologique et de diminuer nos voyages en avion, Terre-Neuve apparaît comme une destination accessible à 2 000 km de Montréal. Bref, il n’y a aucune raison de ne pas mettre la T'Railway sur sa liste avant que ça devienne trop populaire!


Références :
https://bikepacking.com/routes/newfoundland-trailway/
https://thegreattrail.ca/fr/
https://www.trailway.ca/

Marie-Pierre Savard

Aventurière à vélo et amateur de bikepacking j’ai déjà visité plus d’un dizaine de pays à vélo. Que ce soit un voyage dans les montagnes du Kirghizistan, une virée de cyclo-bénevolat à Hawaii, ou une traversée du Québec sauvage, j’essaie toujours d’explorer les sentiers les moins fréquentés et de constamment sortir de ma zone de confort! Aussi conférencière vélo et détentrice d'une formation universitaire en photojournalisme, j’ai une approche, positive, terre-à-terre et très modeste face au bikepacking. Ma devise: Il n’y a pas de petit voyage!

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13 Comments to “ T’RAILWAY, DÉCOUVRIR TERRE-NEUVE À VÉLO”

  1. Sylvain says :Répondre

    Ça donne le goût. Merci !

  2. Céline says :Répondre

    Beau récit. Toujours intéressant de te lire et de découvrir les beaux coins que tu explores.
    Merci🙂

  3. Louise Pagé says :Répondre

    Super! Beau travail Marie! Tes photos sont magnifiques!

  4. Nadia Palau says :Répondre

    Bonjour Marie-Pierre,
    Tes photos sont magnifiques! J’ai adoré te lire. Enfin un billet de blogue bien structuré et bien rédigé!
    Je fais du cyclotourisme et ton récit donne le goût de voir Terre-Neuve, mais je ne sais pas si j’aurais le courage de rouler dans autant de rocaille 🙂
    Bonne continuation!

  5. Ginette Moreau says :Répondre

    Quel bel article! Merci infiniment Marie-Pierre! Ton article est complet et me fait réaliser que je ne suis pas prête cette année pour cette randonnée à Terre-neuve mais que c’est un projet très réaliste et inspirant pour le futur!
    J’espère suivre tes aventures longtemps! Tu es très inspirante!

  6. Marta says :Répondre

    Quel bel article! Tout y est! Et ton sourire de pure joie, même si les photos sont époustouflantes, est le plus convaincant pour se lancer à l’aventure à vélo, même avec une trouille bleue! Bravo!

  7. Martine says :Répondre

    Interessant ton article, les photos c’est complet. Bravo pour votre voyage en vélo. Ça demande quand même du courage de rouler dans la roche, de rencontrer des animaux sauvages. J’espère que l’on va améliorer cette piste un jour. Encore bravo 👏

  8. Cécile Fournier says :Répondre

    Merci pour ce beau partage de voyage!! Très intéressant et inspirant! Je salue particulièrement ton courage de voyager seule, et aussi de na pas avoir peur de sortir des sentiers battus…. (sans jeux de mots :-). ) ! Vivement d’autres beaux récits de voyage des tiens!…. Bonne continuation!

  9. Pierre Couture says :Répondre

    Toutes mes félicitations! Votre récit de voyage est très inspirant. J’aimerais rejoindre Terre-Neuve en vélo en passant par la Basse Côte-Nord. À la prochaine!

  10. Marie-Camille P. says :Répondre

    Salut! merci pour cet article, ça donne plein d’informations sur l’itinéraire. Question : Je me demandais, est-ce que le fait de ne pas voir le bord de l’eau et d’être toujours dans le bois devient redondant…Dans le sens, sur les photos on dirait qu’il y a beaucoup de différents paysages, mais la trail passe tout le temps dans le bois. Je suis certaine que c’est beau tout de même, mais j’étais curieuse.

    1. Marie-Pierre Savard says :Répondre

      Salut Marie-Camille ! Le début de la trail (que je n’ai pas fait), entre Port-aux-Basques et Corner Brook, offre de magnifiques vues sur l’océan. De plus, vers la fin, en arrivant à St. John’s, on suit l’eau pendant un bon moment. Mais tu as raison, le fait d’être toujours dans le bois peut être redondant pour certaines. Moi j’aime ça, mais j’ai quand même fait quelques escapades hors du sentier pour explorer les plus beaux endroits de l’île (Gros-Morne, Twillingate, Bona Vista, etc.). Ça vaut la peine de prévoir plus de temps pour ça !

  11. Denis says :Répondre

    Bonjour Marie-Pierre,
    J’ai beaucoup apprécié lire tes commentaires et tous les petits trucs que tu donnes pour bien planifier un voyage de vélo à Terre-Neuve. Je salue également ton courage de faire ce genre de voyage seule. Pour ma part, j’ai toujours fait du cyclotourisme plus standard avec sacoches avants à arrières, mais j’aime bien l’idée de partir avec le strict minimum en retrait de la circulation. L’année dernière, alors que la pandémie nous limitait dans les possibilités de destinations, j’ai commencé à regarder du côté de Terre-Neuve, et, contre toute attente, je suis tombé sous le charme. Ton récit et tes photos ont également contribué à nourrir mon envie d’aller voir ce beau coin de pays. En juin dernier, j’ai décidé de me lancer dans ce projet pour septembre : 13 jours (5 au 19 sept) pour parcourir une partie de la T-Railway. Étant donné que la chaussée pose quelques défis, je prévois une moyenne de 60 km par jour pour un total de +/-700 km. Est-ce trop ambitieux? Bon! tu dois savoir que j’ai 55 ans et même si je suis relativement en forme, je ne suis pas un super athlète. En cyclotourisme, ma moyenne est de +/-80 km.

    Comme je n’ai que 12 jours, j’ai opté pour l’avion (arrivée à Deer Lake). J’hésite encore entre deux parcours :
    1- Partir de Deer Lake, suivre une partie de la T-Railway jusqu’à Notre-Dame Junction pour ensuite prendre la direction de Twillingate en espérant y voir des icebergs et revenir par le même chemin vers Deer Lake (total +/-720 km)
    2- Partir de Deer-Lake et suivre la T-Railway jusqu’à St-John’s. (+/- 600 km).

    J’aimerais aussi trouver le moyen d’aller faire une petite escale dans le Parc du Gros-Morne. Je sais que je manquerais un « must » si je n’y vais pas.

    Tes conseils sont les bienvenues.

    Ma décision concernant le parcours dépend aussi des facilités pour transporter mon vélo en avion.

    • Pour le coût, je vais m’informer directement auprès de la compagnie aérienne. Mais si tu as des conseils pour économiser, n’hésite surtout pas.
    • Ma principale inquiétude concerne le retour. Comme tu le sais, il faut mettre le vélo dans une boite pour le transport. En optant pour le retour vers Deer
    Lake, je pourrais mettre ma boite en consignes. Par contre, si j’opte pour poursuivre vers St-John’s il me faudra trouver une boite sur place. D’après toi, est-ce que je m’inquiète pour rien? Est-ce plutôt facile de trouver ce qu’il faut pour mettre le vélo dans l’avion?

    J’ai malheureusement manqué ta conférence de janvier (Vélo Québec). J’y aurais surement appris plein de conseils pratiques.
    J’aurais une foule de questions à te poser, mais je ne veux surtout pas abuser.

    Merci
    Denis

    1. Marie-Pierre Savard says :Répondre

      Bonjour Denis,
      Tout d’abord, merci beaucoup pour vos bons commentaires ! C’est le fun de savoir qu’on est lu et considéré !
      Pour répondre à vos questions, je ne pense pas qu’une moyenne de 60 kilomètres est exagérée, surtout si vous avez de l’expérience en cyclotourisme ! En plus, sur le sentier, le dénivelé est quasi inexistant donc nul besoin d’être un athlète.

      Pour votre choix d’itinéraire, je pense que vous pouvez décider en cours de route, puisque de toute façon, vous passerez par Notre-Dame Junction. Peut-être qu’après une semaine dans le creux du bois, la route pavée va vous attirer. Ou non, car cela implique beaucoup plus de dénivelés positifs et des voitures!

      Évidement, je suis tombé complètement en amour avec le parc de Gros-Morne. J’y suis restée 2 nuits et 3 jours et c’était trop peu. Une semaine entière pour le découvrir serait raisonnable, je pense ! Mais il faut faire des choix quand on a juste 2 semaines !

      Pour les boîtes de vélo en carton, vous trouverez sans problème dans un des 2-3 bikes shop de St-Johns. C’est ce que j’ai fait ! Par contre, je ne pense pas que c’est possible d’en trouver à Deer Lake comme il n’y a pas de magasin de vélo là-bas !

      N’hésite pas à me contacter FaceBook ou Instagram, pour d’autres questions… Tu devrais me trouver sous mon nom.

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